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Denise Bellon

Vous connaissez Denise Bellon ? Cette photographe française aventurière et anti-conformiste explora le monde et l'humanité avec un point de vue, le sien. A travers quarante ans de photographie, principalement en noir et blanc, c’est l’histoire d’un siècle qui est parcourue dans son œuvre photographique d’une grande valeur historique et formelle. Au cœur de son œuvre : l’attention portée aux autres et au monde.


Denise Hulmann naît en 1902 dans le 16e arrondissement de Paris. Au lycée, elle fait la connaissance de Rose Maklès (future épouse d’André Masson et sœur de Sylvia, future actrice et épouse de Georges Bataille puis de Jacques Lacan). Cette rencontre va lui ouvrir un autre monde, plus fantaisiste que celui de son éducation bourgeoise.


Elle obtient le Baccalauréat de philosophie en 1921, puis étudie la psychologie à la Sorbonne. C'est là qu'elle rencontre Jacques Bellon, futur magistrat. Denise l'épouse en 1923. Après avoir eu deux filles de ce premier mariage (pour la petite histoire, sa cadette, Loleh, épousera Jorge Semprún), elle divorce au début des années 1930 et cherche du travail.


Elle s’installe dans une pension de famille à Paris, avec ses enfants, et se forme à la photographie auprès de Pierre Boucher. En 1933, elle fait ses premières armées au Studio Zuber, une agence de publicité employant des artistes comme Jean Anouilh, Jean Aurenche ou Paul Grimault. Elle apprend son métier sur le tas dans ce lieu de passage, de rencontres avec la presse, le cinéma, la publicité, le graphisme. Témoignage social, l'attention à l'autre et au monde est au cœur de son œuvre, même dans ses travaux publicitaires.


Elle participe, en 1934, à la création d’Alliance Photo, l’agence de Maria Eisner, et entame sa carrière de photojournaliste. Avec son Rolleiflex, elle réalise des reportages en France, en Espagne, en Finlande, en Albanie, en Tunisie, en Afrique Occidentale française...


Au Maroc, au printemps 1936, elle explore Bousbir II, le plus grand bordel du monde. Bousbir, destination touristique mentionnée dans les guides, est un quartier de Casablanca construit par l’administration coloniale française en 1923 et dédié à la prostitution. Denise Bellon photographie les femmes, rejetées par leur famille, prisonnières de ce ghetto, au confluent des mécanismes de domination et des fantasmes sexuels orientalistes. 800 prostituées "indigènes" vivent entre ces murailles, dans ce quartier moderne et hygiéniste à l’architecture néo-mauresque qui comprend un dispensaire et un poste de police. Il y a des jours « réservés » pour les clients européens, juifs ou tirailleurs sénégalais. Les photographies de Denise Bellon montrent des femmes, des femmes diverses, dignes, résignées, indociles, qui se mettent elles-mêmes en scène. Les choix formels de la photographe et les regards de ces femmes soulignent les relations de pouvoir en jeu ici. Là-bas.


Affranchie de toute école mais proche du mouvement surréaliste et amie d'André Breton, elle photographie l’Exposition surréaliste de 1938, puis les suivantes en 1947, 1949 et 1965.


Ses photographies sont très largement publiées dans des revues et magazines comme Match, Vu et Regards. Elle trouve sa place au Panthéon de la photographie d’avant-guerre, aux côtés de Brassaï, Man Ray ou René-Jacques. Le marché du tirage limité n’existe pas encore mais Denise Bellon vend aux amateurs et collectionneurs, notamment aux Etats-Unis.


Elle réalise des portraits d’intellectuel·les et d’artistes (Juan Miro, Salvador Dali, Jacques Prévert, Paul Grimault…), documente des performances artistiques, des tournages et des expositions. Elle fait aussi beaucoup de recherches photographiques sur les formes et les matières. Elle fait ses propres tirages et les retouche.


Denise Bellon ne théorise pas son métier. Elle le fait. Un vendeur d’ail à Sofia, des militaires finlandais, des enfants juifs rescapés des camps à Moissac, des clochards de la Mouff’, mais aussi les objets des internés du docteur Ferdières à Rodez, une main étrangement posée sur un mur de la Synagogue de Djerba, un squelette animal au milieu du désert… La voyageuse n’aspire pas à tout dévoiler, elle laisse des énigmes.


Son œuvre est colossale : plus de 22 000 clichés, photoreportages, portraits, vues industrielles, paysages, matières, performances artistiques... Ce qui caractérise son œuvre, c'est la liberté d'une attitude envers les êtres et les choses, un regard vagabond, un travail photographique en dehors des conventions avec une ligne stylistique rigoureuse, une riche contribution à l'histoire de la photographie.


#teamcolibri #Herstory

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