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Madeleine Pelletier

Vous connaissez Madeleine Pelletier ? Elle fut la première femme admise en médecine interne. Doctoresse engagée, elle soigna les habitant·es des quartiers populaires de Paris et pratiqua des avortements clandestins malgré la peine encourue. Education, citoyenneté, contraception, mariage, elle rêvait de liberté et de justice et voulait tout bouleverser. Cohérente et courageuse, cette grande figure du féminisme du 19e siècle lutta toute sa vie pour l’égalité, avec des prises de position féministes radicales avant-gardistes*.


*Encore que, d'après Jean Cocteau, "il n’y a pas de précurseurs, que des retardataires"…



Paris, 1898.

Madeleine Pelletier fait partie des 129 femmes sur 4500 étudiants en médecine. Issue d’un milieu très pauvre où l’on n’envisage pas les études, elle a obtenu son bac avec mention Très Bien en étudiant seule. Elle le sait : plus on est instruit, plus on peut transformer la société.


Elle choisit les sciences, une carrière "masculine" parce qu’elle a compris que ce qui est codé au masculin correspond à ce qui est le plus valorisé dans la société. Elle a conscience aussi que dans les sciences réside un des noyaux du système de domination sexiste : la prétendue infériorité intellectuelle des femmes et, en médecine, la pathologisation du corps des femmes.


En 1904, Madeleine Pelletier est admise à l’internat de médecine psychiatrique. Après un long combat, elle est parvenue à s’inscrire au concours, jusqu’alors interdit aux femmes (voir Margaret Bulkley). Elle présente son parcours comme une "victoire féministe" dans une interview. Au-delà de sa réussite personnelle, elle se bat pour les droits de toutes les femmes.


Un de ses chevaux de bataille est la lutte pour le droit à l’éducation sans restriction, sans différenciation de genre. Une de ses tribunes de 1907 témoigne de ses convictions avant-gardistes :

"Pas plus que l’homme, la femme ne doit chercher sa raison d’être en dehors d’elle-même. (...) La maternité ne sera plus qu’un épisode dans son existence comme la paternité n’est qu’un épisode dans une existence masculine. Aujourd’hui, la plupart des femmes ne sont que des épouses de leurs maris, demain, elles seront avant tout elles-mêmes."

Première personne à défendre ouvertement le droit à l’avortement dans une publication de 1911, elle est persuadée qu’un des noyaux durs de l’oppression se situe dans l'appropriation du corps des femmes par les hommes, dans l’intimité, la sexualité. Ce discours n’est pas juste le reflet d’une conviction, c’est aussi le résultat de ses observations de médecin et il se traduit dans des actes.

Médecin des pauvres, elle exerce la nuit dans les quartiers populaires de Paris où elle rencontre des femmes qui recourent à l’avortement malgré le danger et l’illégalité de cet acte lourdement condamné. Madeleine voit dans la maternité l’une des causes majeures de l’oppression des femmes.


Théoricienne et activiste, elle a écrit une vingtaine de textes féministes et communistes (Les femmes peuvent-elles avoir du génie ? ; Supérieur ! Drame des classes sociales en cinq actes ; L’émancipation sexuelle de la femme...) et n’a jamais dissocié ses idées et ses actions.

Madeleine se présente comme un homme de son époque, au début du XXe siècle : cheveux courts, costume, chapeau et canne. Elle porte même un revolver. Ses idées sont parfois mal reçues, jugées "extrêmes". Son apparence masculine lui vaut bien des moqueries mais (car ?) sa théorie de la virilisation des femmes est fondamentale.

Madeleine Pelletier s’oppose aux féministes "en dentelle" et plaide pour la dégenrification. Elle ne le formule pas comme Simone de Beauvoir ("on ne naît pas femme, on le devient"), mais elle fait déjà une distinction entre sexe et genre. Elle estime que le genre féminin est le produit d’une position inférieure dans la société. Elle souhaite la disparition du vestiaire féminin car elle estime qu’il représente un comportement d’esclave qui tente de séduire le maître.


"Les femmes doivent être des hommes socialement."

Madeleine veut aussi abolir le mariage et défend le droit de vote des femmes. Elle manifeste en France et à l’étranger aux côtés des Suffragettes. Militante, c’est grâce à elle que le droit de vote est intégré au programme du Parti socialiste en 1906. Elle se rend seule en Russie pour témoigner de la Révolution d’Octobre 1917.

En 1939, elle est arrêtée sur dénonciation pour "crime d’avortement", avortement pratiqué sur une jeune fille violée par son frère. Madeleine Pelletier, 65 ans, hémiplégique après un AVC, est condamnée, non pas à la prison, mais à l’asile. Cruelle ironie, elle est internée dans l’asile où elle a suivi son internat. Elle meurt dans l’année.


Enterrée dans une fosse commune, longtemps gommée de l’histoire de France et de l’histoire du féminisme, elle avait conscience d’être "née trop tôt". En France, il faudra attendre 1944 pour que les femmes aient le droit de vote et 1975 pour qu’elles puissent avorter en toute légalité.


"Elle a payé tellement cher son engagement et on bénéficie tant de ses avancées ! Elle fait toujours polémique car l’égalité sur tous les plans dérange encore." - C. Bard

#teamcolibri #Herstory

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