Rosetta Tharpe
- il y a 8 heures
- 3 min de lecture
Vous connaissez Sister Rosetta Tharpe ? Chanteuse, guitariste, autrice et compositrice, véritable légende du gospel, elle inventa le rock’n’roll en mêlant au gospel et au blues des riffs de guitare électrique dans les années 1940.

Rosetta Nubin naît en 1915 dans l’Arkansas de parents cueilleur·euses de coton. A leur séparation en 1921, sa mère devient évangéliste missionnaire itinérante et l’emmène dans le Nord des Etats-Unis. Katie Bell Nubin appartient à la Church of God in Christ et Rosetta se met à chanter dans les temples COGIC dès 6 ans.
« Ma guitare était trop grande pour moi. J’étais si minuscule, on me montait sur une table pour que les gens puissent me voir. C’est de là que vient mon surnom « Sister » : on m’appelait « Little Sister » (petite sœur) et c’est devenu célèbre. »
A 19 ans, Rosetta épouse le révérend Thomas J. Tharpe. Elle le quitte très vite mais garde son nom pour la scène. En 1938, elle s’installe à New York avec sa mère et enregistre son premier disque « Rock me ». Dès ses premières chansons, elle connaît un grand succès et elle est souvent à l’affiche du Cotton Club à Harlem, le cabaret le plus célèbre de l’époque. Elle fusionne le sacré et le profane, électrisant les mélodies gospel avec des riffs de guitare bluesy et un jeu de scène flamboyant. Son style, à la fois spirituel et sensuel, choque les conservateur·ices mais elle a le soutien de sa mère et fascine le public. En août 1939, le magazine Life lui consacre un article : « La chanteuse qui swingue les mêmes chansons à l’église et au night-club ».
Condamnée par la communauté religieuse pour avoir introduit le gospel dans les clubs et pour avoir enregistré du blues, elle transgresse et transcende les catégories et les étiquettes. En mêlant au gospel et au blues des riffs rock de guitare électrique, elle donne naissance au rock’n’roll. Son album « Strange things happening every day » qu’elle enregistre à la fin de l’année 1944 est considéré comme le premier disque du genre.
Sister Rosetta Tharpe innove sans cesse et défie les barrières raciales et genrées. Elle tourne dans le Sud ségrégationniste avec ses « quatre petits bébés blancs », les Jordanaires (qui chanteront bientôt avec Elvis Presley), elle joue devant des publics mixtes à une époque où la ségrégation règne, elle part seule sur la route avec la chanteuse Marie Knight, ce qui choqua l’opinion et lui valut des rumeurs sur sa sexualité, elle se produit sur le quai d’une gare désaffectée près de Manchester… On grave aussi ses chansons sur les « disques de la victoire » (V-discs) pour soutenir le moral des troupes pendant la Seconde Guerre Mondiale. A partir des années 1950, elle devient une star internationale et fait un triomphe en Europe.
Son influence fut immense sur Little Richard qu’elle fut la première à faire monter sur scène en 1947, mais aussi sur Chuck Berry et Elvis Presley. Imposant une présence scénique puissante, avec des solos de guitare et une voix capable de passer du murmure au rugissement, elle inspira aussi des musicien·nes de rhythm and blues et de soul comme Ray Charles, Aretha Franklin ou Tina Turner.
Elle meurt en 1973 et sombre dans l’oubli. Qui la reconnaît sur la vidéo qu’Amélie glisse sous le paillasson de son voisin dans le film « Le fabuleux destin d'Amélie Poulain » en 2001 ? Jusqu’en 2009, elle n’aura même pas de pierre tombale, son troisième et dernier mari ne s’en étant pas soucié. Elle est intronisée au Rock and Roll Hall of Fame en 2018.
*source : Culture Prime, FIPÂ
