top of page
Rechercher

Renée Losq

  • il y a 10 heures
  • 4 min de lecture

Vous connaissez Renée Losq ? Ouvrière mécanicienne résistante de la première heure, elle fut, avec Marie Michel, la seule femme du « Procès des 42 », une parodie de procès de 45 Francs-Tireurs Partisans qui se tint à Nantes en janvier 1943. Malgré un non-lieu, elle fut déportée à Ravensbrück puis à Mauthausen.


 

Renée Baudic naît en 1910 à Nantes. Sa mère est blanchisseuse ; son père, manœuvre, meurt pendant la première guerre mondiale. Renée est ouvrière mécanicienne chez Cholette, une entreprise de confection de vêtements militaires. A 20 ans, elle épouse Jean Losq, un ouvrier riveur à l’usine des Batignolles. Le couple s’installe dans le quartier Barbin où naissent leurs trois premières filles, puis déménagent dans la cité de la Halvèque.


Renée et Jean adhèrent au Parti Communiste en 1935 et sont de celleux qui permirent la victoire du Front Populaire en 1936. Le couple maintient son adhésion au PCF lorsque celui-ci devient illégal en 1939 et s’implique dans des actes de résistance dès 1940.


Quand l'armée allemande arrive à Nantes en juin 1940, Renée et son mari prennent le chemin de la lutte contre le gouvernement de Vichy et l’occupant nazi, malgré leurs 6 filles (leur fils naîtra en décembre 1941). Elle colle des affiches dans la rue la nuit, elle distribue des tracts à l’usine, elle récupère des tickets de rationnement (volés) pour aider les familles des évadés et des résistants qu’elle cache chez elle. Elle recopie parfois à la main des tracts et des affiches avec ses filles. Elle récupère des informations précieuses pour les actions de Louis Le Paih, son ami d’enfance du quartier Barbin. Elle encadre le groupe des femmes des Batignolles avec Paule Vaillant, Marie Maisonneuve et Marcelle Baron.


La Direction de la police nationale constate à l’été 1942 que « les régions où l’activité terroriste est la plus importante sont celles du Nord, de la région parisienne, de la Meurthe-et-Moselle et de la Loire Inférieure ».


A la fin de l’été 1942, la Gestapo et leurs acolytes de la SPAC (service de police anti-communiste), une branche de la police française chargée de traquer les communistes, organisent de vastes vagues d’arrestations pour démanteler la Résistance. 143 personnes « soupçonnées d'être communistes » sont arrêtées (101 Français·es et 42 Espagnol·es).


Renée est arrêtée le 28 septembre 1942 près de Concarneau où elle s’était réfugiée avec deux de ses filles après avoir participé à l’évasion du tribunal de Raymond Hervé, un des chefs de la résistance régionale, le 9 septembre. Reconduite à Nantes, elle est enfermée à la prison Lafayette et interrogée par la police française. Ses filles seront relâchées au bout d'un mois. Jean aussi est arrêté, le même jour qu’elle, aussi sous les yeux d’une de ses filles.


En janvier 1943, Renée et Jean et 43 de leurs camarades FTP (Francs-tireurs et partisans) sont jugés au palais de Justice de Nantes pour « faits de résistance » et « communisme ». Renée Losq et Marie Michel sont les deux seules femmes de ce procès grand spectacle appelé « le Procès des 42 ». Au vu des ravages dans l'opinion publique de l'exécution de 48 otages en octobre 1941, les Allemands et Vichy ont voulu organiser un simulacre de légalité mais ce procès joué d’avance est une parodie qui n’a rien d’une décision de justice. Particulièrement médiatisé, le « Procès des 42 » est un acte de propagande nazie dont l’objectif est de décrédibiliser les résistant·es communistes en les faisant passer pour des tueur·euses et ainsi briser l’élan patriotique.

Après 15 jours d’audience et de faux débats conduits en Allemand, 37 des 45 accusé·es sont condamnés à mort.

« Nous sommes sorti·es de la salle d’audience et nous avons traversé le grand hall central du tribunal ; là mon mari a pu s’approcher de moi. Il m’a dit qu’il pensait que j’avais une chance, que si les autres gars étaient condamnés à mort, pour nous les femmes, il y aurait un non-lieu, et que nous allions certainement pouvoir bientôt sortir de prison… »

Jean est fusillé le 13 février 1943 avec 36 de ses camarades au champ de tir du Bêle. Malgré un non-lieu, Renée va aller de prison en prison avant d’être déportée à Ravensbrück, puis transférée à Mauthausen en mars 1945.


Elle est libérée de Mauthausen par La Croix Rouge suédoise le 23 avril 1945. Elle a 35 ans et pèse 32 kg. Elle arrive à Paris une semaine plus tard. De retour à Nantes, Renée retrouve ses camarades qui ont survécu, et ses 7 enfants, qui ont été accueillis ici ou là, par la famille, les ami·es ou la Croix Rouge. La famille se réinstalle à la Halvèque. Renée ne parlera jamais à ses enfants de ce qu’elle a vécu pendant les 32 mois de détention mais met beaucoup d’énergie à transmettre le souvenir de leur père et des camarades assassinés.


Après la guerre, Renée est toujours militante communiste et engagée dans des associations d’anciens combattants, déportés, internés, résistants et victimes de guerre. Elle a retrouvé une vie de couple avec Louis Conan, ancien STO. En 1947, elle a sa 8e enfant et en 1952, elle s’installe à Sainte-Luce-sur-Loire où elle tient le café de Bellevue et l’auberge des pêcheurs avec son compagnon. Elle répugne à faire les démarches et à constituer les dossiers nécessaires et ne touchera une pension en tant qu’ancienne déportée qu’au début des années 1960.


Ce n’est que dans les années 1990, sollicitée par des historiens, qu’elle commence à raconter son histoire et intervient dans des écoles pour que « plus jamais ça ».

« Je suis arrivée à Ravensbrück après 8 jours de convoi sans boire ni manger, ou presque. A ce moment-là, je n’ai aucune idée de ce que sont les camps. Mais lors des appels, chaque jour, je commence à réaliser. Les camarades tombaient sans que nous ayons le droit de les ramasser. On n’avait plus le sens de la vie. (…) A Ravensbrück, j’ai rencontré des filles de Nantes mais nous étions si nombreuses. Des convois entiers arrivaient régulièrement dans le camp. Avec les camarades, même celles qui n’étaient pas du même bord, l’entente était bonne. Il y avait une solidarité tout de même. »

Elle meurt en novembre 2003, quelques mois après l’inauguration de la place Jean Losq à Sainte-Luce-sur-Loire. Une salle municipale à Sainte-Luce-sur-Loire porte son nom.


Posts récents

Voir tout

Abonnez-vous !

Le prochain épisode directement dans votre boîte mail

©2020 Aléthéia Communication

bottom of page