Ruth Orkin
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Vous connaissez Ruth Orkin ? Petite reine de la photographie, pionnière de la photographie de rue, elle fut aussi cinéaste et commença sa carrière de photojournaliste par une traversée des Etats-Unis à vélo, à 17 ans, en 1939.

Ruth naît à Boston en 1921 et grandit à Hollywood. Sa mère est actrice de cinéma muet, son père est fabricant de bateaux jouets. A 10 ans, elle reçoit son premier appareil photo et commence à photographier ses camarades de classe et ses professeurs.
En 1939, elle entreprend une traversée des Etats-Unis, de Los Angeles à New York, à vélo. Ou plus exactement avec son vélo car elle parcourt les longues distances en train, en bus ou en voiture, utilisant sa bicyclette surtout pour visiter les grandes villes sur son passage : San Francisco, Chicago, Washington, Philadelphie. Pour financer son périple, elle participe à un concours de jeunes stylistes proposé par un magazine féminin : il s’agissait d’imaginer un nouveau motif pour du tissu et elle a l’idée de dessiner des bicyclettes stylisées, élégamment entrecroisées et vues de haut. Son objectif initial est d’aller voir l’Exposition Universelle qui se tient à New York mais cette aventure sera déterminante dans son parcours. Sur la route, elle prend 350 photographies : des vues urbaines, beaucoup d’autoportraits et d’étonnantes compositions à travers le cadre de son vélo.
A son retour, elle veut devenir cinéaste et devient première messagère au Studio MGM en 1941 mais se rend vite compte des pratiques discriminatoires du syndicat des directeurs de la photographie qui n’admet pas les femmes. Elle s’enrôle alors dans le Corps d'armée auxiliaire féminin qui, dans ses annonces de recrutement, promet la possibilité d'apprendre le cinéma. Elle est renvoyée en 1943, sans avoir pu suivre cette formation et s’installe à New York pour devenir photojournaliste : "Il n'y avait pas de syndicat pour empêcher les femmes d'entrer".
Elle travaille d’abord comme photographe de boîte de nuit et réalise des portraits de bébés pour gagner sa vie. En 1945, le New York Times lui commande un portrait de Leonard Bernstein et elle commence à travailler pour différents magazines pour lesquels elle photographie des célébrités comme Lauren Bacall, Doris Day, Ava Gardner, Tennessee Williams, Marlon Brando, ou Alfred Hitchcock. Si elle accueille les commandes, elle trace aussi sa propre route, parcourant les rues pour photographier les gens qu’elles y rencontrent, notamment des jeunes de son quartier. En 1946, elle publie son premier grand essai photo "Jimmy, le conteur" dans LOOK Magazine.
En 1951, LIFE l’envoie en Israël pour photographier l'Orchestre Philharmonique. Sur le retour, elle s’arrête en Italie, à Florence, où elle rencontre Nina Lee Craig, plus connue sous le nom de Jinx Allen, une compatriote étudiante en art, qui devient le sujet de sa a célèbre photographie "American girl in Italy" (une Américaine en Italie) issue de la série "When you travel alone…" (Quand tu voyages seule…). Le titre original était "Don’t be afraid to travel alone" (N’aie pas peur de voyager seule). Pionnière de la photographie de rue passionnée par le cinéma, ses photographies sont empreintes de théâtralité, de rythme et de narration.
De retour à New York, elle réalise deux longs métrages dont « Le petit Fugitif » nominé aux Academy Awards en 1953. Elle continue de photographier la vie de son quartier, depuis sa fenêtre surplombant Central Park. Elle photographie les marathons, les défilés, les concerts, les manifestations et la beauté du changement de saisons. "A world through my window" (Un monde à travers la fenêtre) est publié en 1978 et "More pictures from my window" (Plus de photos depuis ma fenêtre) en 1983.
Son travail est conservé dans les collections permanentes du MOMA et du Centre international de la photographie. Sa première exposition en France a eu lieu en 2023 à la Fondation Henri Cartier-Bresson.
