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Séverine

il y a 12 minutes
3 min de lecture

Vous connaissez Séverine ? Première femme à gagner sa vie en tant que journaliste en France, elle fut aussi la première à diriger un grand quotidien "Le Cri du Peuple" fondé par Jules Vallès en 1871. Elle bouscula l’ordre établi pour se faire une place dans le journalisme de terrain jusqu’alors réservé aux hommes. Toute sa vie, elle mit sa plume au service de la lutte contre les injustices.



Séverine naît Caroline Rémy à Paris en 1855. Ses parents sont de petits bourgeois qui vivent à deux pas de Tortoni, le QG des journalistes parisiens (Séverine sera la première femme à y entrer en tant que journaliste). Au sens du devoir (ce qu’on doit ou ne doit pas faire) que tente de lui inculquer sa grand-mère, elle préfère le sens de la justice et a tendance à vouloir faire tout ce qui lui est interdit (par exemple, lire le journal). A 16 ans, ses parents lui donnent le choix entre se marier et devenir institutrice. Elle est mariée à un homme violent dont elle arrive à se séparer assez vite.


Comme beaucoup de femmes de son époque, c’est une rencontre avec un homme qui fait basculer sa vie. En ce qui la concerne, c’est Jules Vallès. En 1880, s’investit dans son journal "Le Cri du peuple" fondé en 1871 pendant la Commune de Paris et relancé en 1883. A ses côtés, elle découvre le métier de journaliste, en même temps que les convictions sociales qu’elle défendra toujours.


« Avec les pauvres, toujours, malgré leurs erreurs, malgré leurs fautes, malgré leurs crimes. » ("Le Cri du Peuple", 1887)

Elle est la seule femme dans un univers entièrement masculin alors on dit qu’elle est la maîtresse du directeur mais elle écrit. Ses deux premiers articles sont signés "Séverin" puis, au troisième article, elle devient Séverine. A la mort de Jules Vallès en 1885, elle devient directrice du quotidien et le reste jusqu’en 1888. Dans son dernier article pour le journal, intitulé "Adieu", elle écrit :


« Ce que je vais faire maintenant, c’est l’école buissonnière de la Révolution. J’irai de droite ou de gauche, suivant les hasards de la vie ; défendant toujours les idées qui me sont chères, mais les défendant seule ».

Autrice de plus de 6000 articles et chroniques, Séverine collabore à de nombreux journaux, peu regardante parfois sur leur ligne politique tant qu’est garantie son indépendance. Journaliste en vogue à la Belle Epoque, elle devient une personnalité publique et la cible de nombreuses critiques.


Contre le « journalisme assis » concédé aux femmes, elle défend un « journalisme debout » et va sur le terrain. Avant elle, le reportage, qui nécessite de se déplacer dans les espaces publics, est réservé aux hommes. Séverine devient ainsi la première femme reporter et développe un style inédit en France, le journalisme d’identification : elle choisit de prendre la place du sujet dont elle écrit l’histoire. Elle va dans les usines sucrières lors des grèves, elle suit les pompiers lors de l’incendie de l’Opéra-Comique, elle descend dans une mine de charbon à Saint-Etienne après les coups de grisou… Elle rend ainsi compte des événements au plus près des acteurs et des actrices pendant que ses confrères sont au chaud dans leurs bureaux.


A la fin du 19e siècle, la misère est profonde et les attentas anarchistes se multiplient. Séverine met sa plume au service des plus pauvres, elle prend fait et cause pour celleux qu’elle décrit, dénonce les conditions de travail des ouvriers et des ouvrières, s’insurge contre les promesses non tenues, réclame la justice.


En 1897, elle rentre à "La Fronde", un journal fondé par Marguerite Durand tenu uniquement par des femmes de la conception à la vente, qui paraît quotidiennement de 1897 à 1903 puis mensuellement jusqu’en 1905. Pour ce journal, Séverine couvre notamment tous les procès de l’Affaire Dreyfus à Rennes. Ses "Notes d’une frondeuse", en première page, connaissent un franc succès.


Farouche défenseuse des droits des femmes, elle milite notamment pour l’égalité dans l’éducation, au travail, et le droit à l’avortement. Si, dans un premier temps, elle n’est pas militante du droit de vote pour les femmes car elle est avant tout libertaire, elle est, avec Marguerite Durand, à l’initiative de la première manifestation féministe suffragiste le 5 juillet 1914.


Toute sa vie Séverine mit sa plume au service de la lutte contre les injustices. Sa dernière apparition publique sera pour tenter de sauver Sacco et Vanzetti en 1927.


Après la mort de Séverine en 1929, Marguerite Durand rachète sa maison de Pierrefonds et en fait une Résidence d’été des femmes journalistes.


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