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Raymonde Guérif

Vous connaissez Raymonde Guérif ? Résistante de la première heure, elle participa à la création du Front National de lutte pour la libération et l'indépendance de la France à Nantes. Arrêtée en 1943 par la police française, déportée à Ravensbrück puis à Zwodau, elle mourut assassinée par les SS sur une route de Tchécoslovaquie pendant une « marche de la mort ».


Raymonde Guérif, vers 1940. Courtoisie de ©Jacqueline Legrand-Guérif


Raymonde Desgouttes naît le 3 juin 1904 dans le 4e arrondissement de Paris dans une famille aisée. Elle perd sa mère en 1918 de la grippe espagnole et son père, deux ans plus tard, d’une crise cardiaque. Elle et sa sœur cadette de 12 ans sont envoyées en pension, son petit frère de 5 ans aussi, mais dans une autre, pour garçons.


Secrétaire dans une banque, elle vit dans un foyer de jeunes travailleuses tenu par des bonnes sœurs. En 1924, elle épouse François Guérif, comptable dans cette même banque et militant au Parti Communiste.


François est embauché comme représentant dans la zone Ouest par le Hollandais Phillips qui cherche à vendre son innovation, la radio, en France. En 1929, le couple s’installe à Nantes, au 174 rue Paul Bellamy. Raymonde tient le magasin au rez-de-chaussée où il y a quelques postes radio en démonstration et un labo photos. Six enfants vont naître jusqu’en 1940 : Paule, Pierre, Raymond, Suzanne, Jacqueline et Jean-Pierre.


Dès la capitulation de la France en 1940, le couple accueille des prisonniers de guerre évadés et des dirigeants communistes dans une chambre à l’étage, à l’abri du regard des enfants. En général, les clandestins restent huit jours chez eux, avant de changer de « cache ». Raymonde les nourrit sur les tickets de rationnement de la famille, leur fournit des vêtements civils, des cartes d’alimentation et fabrique des faux papiers. François complète les rations limitées grâce à ses ruches et aux légumes qu’il cultive dans un champ au Nord de la ville. Il s’y rend à vélo. Parfois, sur le chemin de retour, dans sa carriole, il n’y a pas que des légumes, il y a des armes aussi.


« Ils ont toujours été d’accord. Deux fous. »

Raymonde, alias Jane, est agente de liaison entre la direction régionale et l’inter-région. Elle est la seule femme d’un groupe de Résistants de la première heure. Avec son mari et René Terrière, elle crée le journal Libération et participe activement à la création du Mouvement Front national de lutte. Membre du Réseau Johnny Ker, elle fournit des renseignements à Londres. En 1942, elle rejoint les Forces Françaises Combattantes tout juste créées.


François est arrêté le 31 mars 1943 par le SPAC, la police française mobilisée pour la chasse aux communistes. Jacqueline vient d’avoir 5 ans.


Raymonde est arrêtée et « interrogée » à la prison Lafayette.

Finalement libérée, elle retrouve ses enfants et ses activités clandestines.


Raymonde est à nouveau arrêtée par le SPAC le 16 juillet 1943. Elle a le visage tuméfié pour dire au revoir à son mari qu’elle arrive à croiser dans le bureau du directeur de la prison qui a arrangé une rencontre rapide. [ndlr : A son retour de Buchenwald, François n’aura de cesse de retrouver son tortionnaire qui sera fusillé en 1947.]  


Cette fois, elle est emprisonnée et déportée de Compiègne le 31 janvier 1944.


« Un jour de juillet, ils ont emmené ma mère et cette fois-ci, ils l’ont gardée. »

Jacqueline et ses deux sœurs aînées sont accueillies chez la grand-mère paternelle, une bretonne aux yeux bleus perçants et au cœur d’or. Jean-Pierre, le benjamin, a 3 ans et est recueilli par la petite sœur du père et son mari invalide de guerre. Pierre et Raymond sont envoyés au collège en internat, l'un à Versailles, l'autre aux environs de Soissons.


Raymonde reste deux mois à Ravensbrück avant d’être transférée à Zwodau, un petit camp en Tchécoslovaquie. Avec Gisèle Giraudeau et les autres détenues, elles doivent construire le camp, puis travaillent dans une usine Siemens où elles manient des produits toxiques, de l’acide, sans aucune protection. Leurs conditions de travail sont tellement dures qu’elles ont droit à un verre de lait par jour pour annihiler le poison. Raymonde n’a jamais supporté le lait.


A mesure de l’avancée soviétique, les camps sont vidés. Lors de l’évacuation de Zwodau, en avril 1945, Raymonde se retrouve sur la route avec les détenues survivantes, direction Dachau. Elle est assassinée par les gardiennes SS pendant cette « marche de la mort », aux environs de Gratilitz.


Sa fille Jacqueline me raconte : « En famille, on a refait la route qu’elles [ndlr : deux survivantes françaises] ont pu nous décrire avec l’aide de femmes du pays qui connaissent les noms des villages et ont pu reconstituer la marche. Sur la route, il y a des monuments en mémoire du passage de ces femmes. On ne sait pas où elle a été enterrée. Les gens du village enterraient les morts qu’ils trouvaient mais on ne sait pas exactement où elle est. On sait à peu près. »


En avril 1947, la famille Guérif reçoit l’acte de décès de Raymonde, la date est fixée au 27 avril 1945.


Raymonde Guérif est homologuée au grade de sous-lieutenant le 20 mai 1947, sa date de prise de rang est le 1 juillet 1943.

 

Par décret du 13 septembre 1954 à titre posthume, Raymonde Guérif est nommée dans l’Ordre national de la légion d’honneur au grade de chevalier, médaillée de la Croix de guerre avec palmes et Médaille de la Résistance.

 

La mention « Mort pour la France » lui est attribuée par le Ministère des anciens combattants et victimes de guerre en septembre 2007.

 

Sur demande de la famille, une rue de Nantes porte le nom de Raymonde Guérif depuis quelques mois. Elle n’a toujours pas été inaugurée officiellement.


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