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Jeanne Villepreux-Power

il y a 5 heures
3 min de lecture

Vous connaissez Jeanne Villepreux-Power ? Naturaliste autodidacte, elle révolutionna la biologie marine grâce à une invention devenue incontournable : l’aquarium. Son invention lui permit d’étudier les animaux marins vivants dans un milieu proche de leur milieu naturel et ainsi développer une approche expérimentale qui préfigure celle des stations de biologie marine contemporaines.


©Wikimedia Commons
©Wikimedia Commons

Jeanne Villepreux nait à Juillac, un petit village dans la campagne corrézienne, en 1794. Son père est cordonnier-gendarme, sa mère meurt quand elle a 12 ans mais elle lui a appris à lire et à écrire. A 18 ans, Jeanne part pour Paris, un emploi l’y attend. Elle effectue le voyage à pied avec son cousin éleveur qui mène son troupeau de vaches aux abattoirs de la capitale. Il l’agresse à Orléans et Jeanne porte plainte à la gendarmerie. Le temps des démarches administratives consécutives à son dépôt de plainte, le poste qui lui était destiné n’est plus disponible.


Quand elle parvient enfin à Paris, seule, elle se fait embaucher comme ouvrière brodeuse chez une couturière de renom. En quelques années, elle devient cheffe d’atelier et est choisie pour confectionner la robe de la princesse Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, venue épouser le duc de Berry, le neveu du roi, en 1816. À cette occasion, elle rencontre James Power, un riche noble irlandais installé en Sicile, qu’elle épouse en 1818 à Messine.


N’étant plus contrainte de travailler pour vivre, Jeanne Villepreux-Power s’instruit. Elle apprend l’anglais et l’italien et part à la découverte de l’île qu’elle parcourt à pied pendant plus de 20 ans. Elle s’intéresse à toutes les richesses culturelles et naturelles de la Sicile : les vestiges historiques, les éruptions volcaniques de l’Etna, et développe un intérêt croissant pour les sciences naturelles. Elle observe les tortues, les martes, les moules, les étoiles de mer, les papillons, les coquillages, les mollusques... De ses observations minutieuses de la faune, de la flore, des formations géologiques et du patrimoine architectural naît un guide de la Sicile qui recense 267 espèces d'oiseaux, plus de 600 mollusques et 610 fossiles. Publié en 1842, il est encore réédité aujourd’hui. Ses nombreuses illustrations naturalistes témoignent aussi de son talent artistique.


Si elle s’intéresse à de nombreux domaines, elle va se passionner pour la biologie marine. A l’époque, un étrange céphalopode, l’Argonaute argo, intrigue les naturalistes européens et suscite une vive controverse : la question est de savoir si cet animal fabrique lui-même sa coquille ou s’il occupe celle d’un autre organisme. Ces animaux abondent dans les eaux de Messine et, pour les étudier, Jeanne Villepereux-Power imagine un dispositif inédit. En 1832, elle met au point les "cages à la Power", ancêtres de l’aquarium moderne : des cages permettant de maintenir les spécimens vivants dans leur environnement naturel et de les observer sur de longues périodes. Grâce à cette invention, elle pratique l’expérimentation en biologie marine en privilégiant l’observation du vivant dans des conditions proches du milieu naturel à une époque où les naturalistes travaillent essentiellement sur des spécimens morts conservés dans des collections.


Ses expériences lui permettent notamment d’observer le comportement des argonautes lorsqu’elles percent leur coquille. Elle démontre alors qu’ils sont capables de la reconstruire grâce à leurs propres sécrétions, apportant ainsi une réponse décisive à la controverse. Son invention lui permet aussi d’étudier leur reproduction : alors que seules les femelles, pouvant atteindre une trentaine de centimètres, étaient connues, elle découvre les mâles, qui ne mesurent qu’environ deux centimètres et qui fécondent les femelles dans une cavité de leur coquille, où les œufs sont ensuite incubés.


Elle est alors reconnue par de nombreux scientifiques de son temps, notamment aux Etats-Unis en Angleterre, et devient membre de la Zoological Society de Londres. Mais les historiens vont dater l’invention de l’aquarium à 1852 et l’attribuer à un homme*.


En 1997, son nom est donné à un cratère sur Vénus par l'Union astronomique internationale. Depuis 2015, une rue de Limoges porte son nom. Depuis 2019, il y a une allée Jeanne Villepreux-Power dans le 12e arrondissement de Paris. En janvier 2026, elle fait partie des 72 femmes de sciences dont les noms seront gravés sur le premier étage de la Tour Eiffel, juste au-dessus de ceux des 72 hommes que Gustave Eiffel avait fait apposer sur une frise au moment de l'inauguration du monument, en 1889.



*L'effet Matilda : concept de l’historienne des sciences Margaret Rossiter qui désigne l’attribution des travaux de femmes à des hommes (en femmage à la militante féministe Matilda Joslyn Gage qui, dès la fin du XIXe siècle, avait remarqué que les hommes avaient tendance à s’accaparer la pensée intellectuelle des femmes).


Sources : France Culture, National Geographic

 
 
 

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